ONE & DAYDREAM — Quand l’humain retrouve sa place parmi le vivant
- Carine Lauber
- il y a 7 jours
- 3 min de lecture
Deux œuvres, deux mondes, une même invitation : franchir la frontière qui sépare l’être humain de l’animal et entrer dans un monde où tout semble à nouveau possible.
Dans ma peinture, la nature n’est jamais très loin.
Elle s’infiltre dans les maisons, envahit les jardins, recouvre les murs et transforme les espaces familiers en territoires presque irréels. Les animaux y apparaissent comme s’ils avaient toujours appartenu à ces lieux.
Avec ONE et DAYDREAM, je poursuis cette exploration d’un monde où les frontières entre l’humain, l’animal et la nature disparaissent.
ONE — Une rencontre, sans barrière
Dans ONE, une femme est assise aux côtés d’un tigre.
Il n’y a ni cage, ni distance, ni signe de domination. Elle pose simplement sa main sur l’animal, dans un geste d’une grande douceur.
Le tigre, imposant et majestueux, nous regarde directement.
Entre eux, quelque chose semble se comprendre sans avoir besoin de mots.
Autour d’eux, la végétation a envahi l’espace intérieur. Les fenêtres disparaissent presque derrière les feuillages, tandis qu’au loin, la lumière ouvre une échappée vers un autre monde.
J’aime imaginer que cet intérieur n’est plus vraiment une maison.
C’est devenu un refuge.
Un endroit où l’animal sauvage peut être lui-même et où l’être humain peut, lui aussi, retrouver une forme de liberté.
ONE parle de cette unité que nous avons peut-être oubliée : nous appartenons au même monde vivant.
Le titre lui-même évoque cette idée.
ONE.
Un seul monde.Un même vivant.

DAYDREAM — Entrer dans un rêve
Avec DAYDREAM, le passage vers cet autre monde devient encore plus évident.
Une femme est immergée dans une baignoire ancienne, entourée de pétales et de végétation. Devant elle, un zèbre s’approche tranquillement.
Dans les airs, un perroquet semble traverser la scène tandis qu’une cascade apparaît au milieu de cette nature luxuriante.
La salle de bain n’est plus vraiment une salle de bain.
Elle est devenue un paysage.
Un rêve.
Un endroit où l'impossible devient naturel.
La femme ne semble pas étonnée par la présence du zèbre. Elle lui fait face avec une sorte de sérénité, comme si cette rencontre était parfaitement normale.
C’est précisément ce que je cherche à créer dans mes tableaux : un instant suspendu dans lequel le spectateur accepte, lui aussi, que tout soit possible.
Mais au cœur de cette scène se trouve un geste très simple : la femme souffle sur un pissenlit.
Ce geste vient de très loin.
Depuis mon enfance, souffler sur un pissenlit est pour moi un petit rituel magique : lorsque toutes ses aigrettes s’envolent dans le souffle, il faut faire un vœu.
Et dans mon imaginaire d’enfant, ces petites graines légères qui se détachent du pissenlit étaient bien plus que de simples aigrettes.
C’étaient des anges.
Des petits messagers qui s’envolaient dans le ciel pour emporter nos vœux.
Chaque toile est une porte vers un autre monde.
Des mondes dans lesquels je me promène, où la nature reprend ses droits et où je peux rencontrer les animaux, sans barrière, sans frontière.
Je ne peins pas seulement ces mondes…
J’y voyage.

Entre rêve et réalité
ONE et DAYDREAM sont très différentes dans leur atmosphère.
Le tigre nous fait face. Il impose sa présence, sa puissance, son regard.
Le zèbre, lui, entre dans une scène plus douce, presque féerique.
Mais les deux œuvres racontent finalement la même chose.
La possibilité d’un monde différent.
Un monde dans lequel l’animal n’est plus tenu à distance.
Un monde dans lequel la nature ne serait plus considérée comme un décor que l’on peut dominer, mais comme un espace auquel nous appartenons.
C’est aussi ce qui se trouve au cœur de mon travail autour de FAUN’ETIK : utiliser l’art pour créer une rencontre avec le vivant, provoquer une émotion et, peut-être, donner envie de regarder autrement les animaux qui partagent notre planète.
Car avant de protéger ce que nous risquons de perdre, il faut parfois simplement réapprendre à le regarder.
Deux portes vers mon univers
Avec ONE, je pousse une porte vers la rencontre.
Avec DAYDREAM, j’ouvre celle du rêve.
Dans les deux cas, je voudrais que celui qui regarde puisse, pendant quelques instants, quitter notre réalité.
S’asseoir près du tigre.
Entrer dans cette forêt.
Se glisser dans cette baignoire entourée de fleurs.
Regarder le zèbre.
Et peut-être ressentir cette étrange impression que ce monde a toujours existé quelque part.
Un monde où l’homme et l’animal ne seraient plus séparés.
Un monde où la nature aurait repris sa place.
Un monde dans lequel nous pourrions simplement être… ensemble.




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